Léa BoulDarmonArtiste plasticienne

Démarche artistique

Créer des mondes.
Habiter l’intime.

Je développe une pratique pluridisciplinaire mêlant sculpture, installation et peinture, à travers laquelle j’explore les notions de foyer, de refuge et d’intimité. Mon travail interroge ce que signifie habiter un espace, un corps, une histoire, et la manière dont ce qui relève du privé peut être déplacé, exposé ou transformé.

Ancrée dans une expérience autobiographique et située de femme, ma pratique s’est d’abord construite par la peinture, autour de récits de violence et de vécus souvent maintenus dans le silence. Peu à peu, ces récits ont glissé vers l’autofiction. Le réel se déforme, se rejoue et bascule vers des espaces oniriques, sensuels ou érotiques, où la fiction devient un moyen de reprendre possession du récit et d’imaginer d’autres issues.

Cette réflexion se prolonge dans mon rapport au corps et au regard. Dans une perspective féministe, je représente des corps nus, souvent inspirés de mon entourage en cherchant moins à les donner à voir qu’à questionner les conditions mêmes de leur visibilité : qui regarde, depuis quelle position, et qu’est-ce qui nous est réellement permis de voir ?

La maison est progressivement devenue une figure centrale de mon travail. Je la conçois comme une extension du corps, un espace de projection, de protection et de secret. À travers des architectures miniatures réalisées à partir de matériaux récupérés, d’objets trouvés ou de fragments issus de mon histoire personnelle, je construis des refuges fictionnels, des « safe places » dont l’apparente douceur conserve toujours une part d’ambivalence.

Ces architectures sont pensées pour provoquer le regard. Des ouvertures, fenêtres et interstices permettent d’en apercevoir l’intérieur sans jamais y accéder totalement. Le spectateur se trouve ainsi placé dans une position de proximité avec quelque chose qui, pourtant, lui échappe. Je ne représente aucun corps humain à l’intérieur de ces maisons : laissées vacantes, elles deviennent des espaces disponibles à la projection, où chacun peut imaginer une présence, une histoire ou son propre refuge.

La miniature accentue cette relation. Elle invite à s’approcher, à observer, presque à épier, tout en donnant au foyer un caractère fragile et précieux. Ce qui protège peut aussi être vulnérable ; ce qui semble clos peut laisser filtrer une histoire.

Aujourd’hui, je cherche avant tout à construire des mondes. Des espaces où le réel n’est pas nié, mais déplacé et transformé. La peinture prolonge ces architectures en donnant forme à leurs paysages intérieurs, tandis que la sculpture leur donne corps dans l’espace. Entre intime et collectif, corps et habitat, protection et exposition, réel et fiction, mon travail cherche ainsi à faire du refuge non pas un lieu fermé, mais un territoire à imaginer.